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Principe 02 : Les frontières administratives ne correspondent pas aux frontières réelles des problèmes

Cet article est le troisième d'une série de sept consacrée aux principes de mise en oeuvre d'une transformation comme celle d'INTILAQ 2050. Il développe le deuxième principe : pourquoi les frontières administratives ne correspondent pas aux frontières réelles des problèmes. Les articles précédents ont posé le cadre conceptuel et démontré pourquoi la transformation ne peut pas être confiée aux seuls ministères. Si vous découvrez cette série ici, nous vous recommandons de commencer par l'article introductif : « Les fondements d'une transformation nationale ».

Prenons quatre sujets majeurs, identifiés dans pratiquement tous les rapports publics depuis plus d'une décennie.

  • Environ 100 000 jeunes quittent chaque année l'école sans diplôme, dont une proportion significative de mineurs, sujet qui relève simultanément du ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et de l'Emploi.
  • Environ 200 000 crimes et délits sont enregistrés chaque année, avec un taux de récidive élevé chez les jeunes, sujet qui relève de l'Intérieur, de la Justice, de l'administration pénitentiaire et de la Jeunesse.
  • Près de 2 millions d'hectares de terres cultivables sont inexploités ou juridiquement bloqués, sujet qui relève de l'Agriculture, des Domaines de l'État, de la Justice foncière et des collectivités locales.
  • Environ 50 % des agriculteurs ont aujourd'hui plus de 60 ans, avec une perte massive de capacité productive à horizon dix ans, sujet qui relève de l'Agriculture, de la formation professionnelle et du financement rural.

Ces quatre sujets sont massifs, structurants et stratégiques. Ils sont connus. Ils ont fait l'objet de dizaines d'audits, d'études, de conférences et de publications. Chaque nouveau responsable relance les mêmes diagnostics et aboutit, dans la plupart des cas, aux mêmes préconisations.

Même diagnostic. Mêmes préconisations. Mêmes résultats. Depuis plus de dix ans.

Pourquoi ? Parce que les plans d'action sont sectoriels. Cloisonnés. Ils traitent un symptôme dans un périmètre administratif donné. La délinquance est abordée principalement sous l'angle répressif. Le décrochage scolaire sous l'angle pédagogique ou social. Les terres inexploitées sous l'angle juridique ou foncier. Le renouvellement agricole sous l'angle de la formation ou des subventions.

Personne ne relie structurellement ces sujets entre eux, pour une raison simple : les périmètres administratifs et réglementaires ne le permettent pas.

À cela s'ajoutent les logiques de protection institutionnelle et les conflits de compétences. L'exemple des tensions historiques entre la STEG et la SONEDE sur des projets d'énergie hydraulique illustre cette réalité : des projets pertinents peuvent rester bloqués ou annulés pour des raisons de périmètre et d'arbitrage.

Les frontières administratives ne correspondent pas aux frontières réelles des douleurs de la nation. C'est précisément à ce niveau que l'organisation de la transformation devient centrale.

Reconvertir le décrochage en force productive nationale

Chaque année, environ 100 000 jeunes quittent le système éducatif tunisien sans diplôme. Une fraction bascule progressivement vers l'informel, la petite délinquance ou l'inactivité structurelle, alimentant un coût humain et économique que le pays ne peut plus se permettre d'ignorer.

INTILAQ 2050 pose un principe fondateur : ces 100 000 jeunes ne sont pas un problème social à gérer. Ils sont une force productive nationale à construire.

Nous avons identifié 100 métiers d'avenir adaptés à une jeunesse en rupture avec le modèle académique classique. Ces métiers répondent à trois exigences structurantes : une insertion rapide grâce à des formations courtes et professionnalisantes, une utilité nationale immédiate et une contribution directe à la souveraineté productive et à la résilience du pays.

Maître-nageur et surveillance des plages, gestion forestière et reboisement, technicien en agriculture régénératrice, opérateur en aquaponie et agriculture hors-sol, installateur de micro-réseaux électriques ruraux, technicien en dépollution des sols et des nappes phréatiques, agent de prévention des incendies de forêt par drone, technicien en valorisation des déchets plastiques en matériaux de construction, opérateur de drones agricoles et topographiques, agent numérique de proximité pour l'administration digitale, technicien en aquaculture marine, agent de restauration des écosystèmes marins, scaphandrier et plongeur professionnel pour travaux sous-marins, plongeur archéologue pour la valorisation du patrimoine subaquatique, moniteur de permis plaisance, constructeur d'embarcations en matériaux composites, technicien en restauration du patrimoine bâti traditionnel, guide spécialisé en écotourisme saharien, agent de santé communautaire de proximité, technicien en maintenance d'équipements médicaux de base, accompagnateur de personnes âgées en milieu rural... autant de filières concrètes, ancrées dans le réel tunisien et génératrices de valeur mesurable. Une note d'orientation dédiée détaille les volumes de formation, les coûts unitaires, les débouchés économiques et l'impact macroéconomique estimé pour chacun de ces métiers.

Ces jeunes ne manquent pas de capacité. Ils manquent d'un système qui croit en eux et leur propose une voie concrète.

Les binômes de l'avenir : organiser la transition agricole

La Tunisie est confrontée à une menace structurelle silencieuse. Environ 50 % de ses agriculteurs ont aujourd'hui plus de 60 ans. À horizon de dix ans, en l'absence d'un dispositif organisé de transmission, le pays perdra une part irremplaçable de sa capacité productive agricole : des savoir-faire accumulés sur des générations, une connaissance intime des terres, des systèmes d'irrigation et de culture qui ne s'enseignent pas dans les manuels.

Parallèlement, près de 2 millions d'hectares de terres cultivables restent sous-exploités ou bloqués par des contentieux juridiques hérités de décennies d'inaction foncière.

Ces deux réalités ne s'additionnent pas. Elles se répondent.

Nous mettons en place un mécanisme structuré de transition intergénérationnelle : les binômes de l'avenir. Chaque agriculteur expérimenté volontaire est associé à un jeune (ou plusieurs) issu de notre programme de formation et d'insertion. Le transfert de savoir-faire devient organisé, formalisé et reconnu par un parcours diplômant professionnalisant. Une première phase mobilise 500 000 hectares de terres disponibles, attribués progressivement aux jeunes issus de ces binômes dans un cadre juridique sécurisé, sous forme de location-vente ou adossé à notre fonds souverain d'investissement.

Une deuxième phase s'attaque à une réalité que personne ne traite aujourd'hui : le devenir des exploitations agricoles dont le propriétaire a plus de 60 ans et dont les enfants, dans 80 % des cas, ne souhaitent pas reprendre l'activité familiale.

Sans intervention structurée, ces exploitations disparaissent. Les terres retournent à l'abandon. Les savoir-faire s'éteignent avec leur détenteur. C'est une hémorragie productive silencieuse et irréversible.

INTILAQ 2050 propose plusieurs mécanismes adaptés à chaque situation : le rachat organisé de l'exploitation dans un cadre sécurisé, la mise en gérance sous forme d'association capitalistique avec le jeune repreneur, ou des formules mixtes combinant transmission progressive du capital et maintien temporaire de l'agriculteur expérimenté en position de conseil. L'objectif est unique : ne laisser aucune exploitation viable disparaître faute d'un repreneur identifié et accompagné.

Le dispositif intègre dans une dynamique unique : formation technique, accompagnement juridique, accès au financement productif, encadrement coopératif et débouchés contractuels sécurisés.

C'est l'essence même de l'approche systémique : le décrochage scolaire, la transition agricole, le foncier inexploité et la relance productive forment une seule dynamique cohérente. C'est ainsi, et seulement ainsi, qu'ils peuvent être résolus.

Extension aux filières bois, tourisme et économie territoriale

Un million de Tunisiens vivent aujourd'hui en zone forestière. Ils comptent parmi les populations les plus précaires du pays, alors même que nos écosystèmes naturels constituent un patrimoine productif largement sous-valorisé. En l'absence d'un plan structuré face aux dégradations provoquées par le changement climatique, ce patrimoine s'érode. La pauvreté s'aggrave. Et le pays perd un actif qu'il ne pourra pas reconstruire.

Sans plan d'action, c'est 70 % de notre territoire qui sera vidé de toute présence humaine d'ici 2050. Avec un Sahara qui avance de plus d'un kilomètre par an, le sud est lui aussi directement concerné.

La même logique systémique s'applique ici. Le développement de mobilier urbain local, d'infrastructures de loisirs écologiques, d'équipements publics en bois, de structures sportives et culturelles territoriales, ainsi que la valorisation des parcs naturels et le soutien à l'agriculture forestière constituent des leviers simultanés d'insertion, de production nationale, de souveraineté et de résilience territoriale.

À cela s'ajoutent des filières à plus forte valeur ajoutée : conception d'éoliennes en bois, structuration d'une filière nationale de nautisme responsable incluant la fabrication de bateaux de loisir et de yachts en bois, des activités qui combinent artisanat qualifié, industrie légère et orientation export.

Ces filières, proposées en priorité aux jeunes qui quittent l'école sans diplôme, s'inscrivent dans un cadre de partenariats public-privé structurés. L'État définit le cap stratégique, sécurise une partie des débouchés publics et génère un effet de levier sur l'investissement privé.

Ce n'est pas de l'assistanat déguisé. C'est de la souveraineté économique assumée.

Transition énergétique et rénovation du bâti

Notre plan prévoit un programme massif de mise à niveau des habitations : isolation thermique, double vitrage, récupération d'eau de pluie, traitement des eaux usées domestiques, compostage, micro-installations photovoltaïques et éoliennes en bois 100 % tunisiennes adaptées à nos habitations.

Ce programme est un choix de souveraineté. Pas un chantier technique parmi d'autres.

Chaque bâtiment rénové réduit la dépendance énergétique nationale. Chaque installation photovoltaïque renforce l'autonomie productive du pays. Chaque jeune formé dans ces filières cesse d'être un coût social pour devenir un acteur de la transformation nationale.

Un mécanisme national de référencement est instauré : les entreprises souhaitant accéder aux appels d'offres publics ou aux dispositifs d'appui devront intégrer dans leurs équipes un quota de jeunes issus du programme de formation et, le cas échéant, de réhabilitation pénale. La formation est cofinancée par l'État, les entreprises partenaires et des mécanismes de financement dédiés.

Ce seul volet peut générer jusqu'à 700 000 emplois sur la rénovation des bâtiments publics et privés. La transition énergétique devient enfin un chantier d'emploi structuré. La rénovation du bâti, un levier industriel. L'insertion des jeunes, un moteur de productivité nationale.

Dispositif spécifique pour la petite délinquance et la multi-récidive

En 2019, les chiffres du ministère de l'Intérieur étaient sans appel : 200 000 crimes et délits enregistrés, dont 73 % commis par des jeunes âgés de 15 à 19 ans. Une génération que certains qualifient déjà de perdue.

Pas nous.

Cette question pénale s'articule avec notre programme productif, sans se confondre avec lui. L'expérience le démontre : les peines courtes n'aboutissent pas à la réinsertion. Elles entretiennent un cycle de récidive coûteux pour la société et destructeur pour l'individu.

Nous proposons un mécanisme spécifique pour la multi-récidive. À partir d'un seuil plancher défini par la loi et laissé à l'appréciation du juge, le jeune multirécidiviste se voit proposer une alternative structurée :

  • soit une peine lourde classique de multi-récidive,
  • soit l'intégration obligatoire dans un programme de réinsertion productive adossé aux filières stratégiques. Ce programme inclut formation qualifiante, encadrement disciplinaire, suivi psychologique et obligation de production réelle et mesurable.

Pour les mineurs, nous proposons la création de structures nouvelles, distinctes du système carcéral classique, articulées avec la Justice, l'Éducation, la Santé et les filières professionnelles. Ces centres éducatifs spécialisés intégreront encadrement pédagogique renforcé, prise en charge des troubles comportementaux, parcours individualisés et formation professionnelle intégrée.

La réforme pénale globale fait l'objet de propositions spécifiques détaillées dans un document dédié. Ce passage vise uniquement à montrer l'articulation entre insertion productive et réponse pénale, deux dimensions qui, dans l'organisation actuelle de l'État, ne se parlent jamais.

C'est précisément cette séparation artificielle que notre approche systémique refuse de reconduire.

La démonstration institutionnelle

Admettons maintenant que l'ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux s'accordent sur ce programme (qui ne représente pourtant qu'une fraction de nos propositions globales).

Dans l'organisation actuelle de l'État, sa mise en œuvre nécessiterait la validation successive de vingt institutions : Éducation, Jeunesse et Sports, Formation professionnelle et Emploi, Affaires sociales, Intérieur, Justice, Défense, Agriculture, Domaines de l'État et Affaires foncières, Environnement, Équipement et Habitat, Énergie et Mines, Industrie, Tourisme, Finances, Développement et Coopération internationale, Économie numérique, Collectivités locales, Secrétariat général du Gouvernement, Présidence du Gouvernement.

À cela s'ajoutent les entreprises publiques concernées, les banques publiques, les agences foncières, les autorités de régulation, les collectivités territoriales, les partenaires sociaux et les organisations professionnelles.

Chaque décision stratégique devra traverser des comités techniques, des validations juridiques, des arbitrages budgétaires, des validations interministérielles, parfois un passage en conseil des ministres, éventuellement des modifications législatives.

Même en supposant une volonté parfaite de coopération, le mode de fonctionnement actuel de l'État ne permettra JAMAIS de faire aboutir ces mesures transversales.

Dans la pratique, s'y ajoutent les rivalités administratives, les contraintes budgétaires sectorielles, les logiques de protection institutionnelle et les influences d'intérêts divergents.

Le programme sera d'abord fragmenté, redimensionné, puis reporté, puis progressivement neutralisé.

Pour traiter seulement ces quatre douleurs, le système actuel exige l'accord séquentiel de plus d'une vingtaine de centres décisionnels. C'est structurellement impossible.

C'est pourquoi INTILAQ 2050 propose une architecture organisationnelle radicalement différente que nous détaillons dans le chapitre : « nos principes directeurs ».

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