Edit Template

Stratégie politique et valeurs – INTILAQ 2050

Cet article est une refonte de celui publié en 2021, car une objection revient souvent : vous vous présentez comme un mouvement apolitique, et pourtant vous parlez de stratégie politique.

Il n'y a pas de contradiction. Tout dépend de ce que l'on entend par « politique ».

Nous assumons une orientation politique au sens noble du terme : la gestion raisonnée de la cité, le souci du bien commun, la capacité à penser le long terme et à organiser collectivement notre avenir.

Rendre sa noblesse et son sens au mot « POLITIQUE »

Nous reconnaissons la définition du mot « politique » en son sens de civilité, ou « politikos », qui désigne ce qui est relatif à l'organisation d'une cité ou d'un État et à l'exercice du pouvoir dans une société organisée. C'est-à-dire la gouvernance et l'organisation, en incluant les débats publics sur les idées permettant de définir cette gouvernance.

Nous excluons de notre définition le processus de « lutte » permettant, grâce au code électoral, d'accéder au pouvoir pour ensuite exercer la politique. Cette étape est tout sauf de la politique au sens noble ; elle relève d'une lutte pour le pouvoir, excluant par nature tout débat de fond sur les idées.

Par « exercice du pouvoir », nous entendons : par le mandat donné par les urnes, prendre les décisions et mener les actions permettant de garantir les missions de l'État telles que définies dans la Constitution, conformément aux objectifs et orientations partagés avec le peuple en amont du processus électoral. Ce dernier devrait, en principe, servir à présenter le fruit d'un travail stratégique préalable afin de convaincre les citoyens.

Comment parler d'agriculture sans se prononcer sur une politique agricole ? Comment parler de la digitalisation de la justice sans parler de politique pénale ?

Définir une stratégie industrielle, agricole, sociale, économique ou écologique relève donc pleinement de la politique au sens noble et historique du terme. C'est un processus long et complexe qui se situe en amont des phases électorales de lutte pour le pouvoir.

Nous sommes donc une organisation apolitique si le mot politique est utilisé dans une acception restrictive, celle de la politikè, c'est-à-dire l'art de la conquête du pouvoir, les luttes de représentativité entre femmes et hommes politiques et les jeux partisans.

Mais nous sommes une organisation politique au sens du politikos : nous prenons position sur le mode d'organisation de la cité et sur la pratique de la gouvernance. Nous ne participons pas à la politikè, c'est-à-dire aux luttes de pouvoir.

Nous militons pour que ces deux phases portent un jour des noms distincts, car nous prédisons l'effondrement du modèle classique organisé autour de partis dits « politiques » sans cohérence idéologique structurée.

INTILAQ 2050 a bien une stratégie politique

Le juriste et philosophe allemand Carl Schmitt affirme qu'il n'est pas possible d'exister politiquement sans désigner un adversaire. Toute véritable action politique repose sur une distinction claire entre ami et adversaire, non au sens moral, mais au sens existentiel : qui menace notre mode de vie, notre souveraineté, notre cohésion ? Qui s'oppose structurellement à la communauté que nous voulons faire advenir ?

Derrière cette grille de lecture se cache une vérité brutale : tout projet politique suppose un conflit de visions du monde.

Vouloir éviter le conflit, nier l'existence d'intérêts antagonistes, prétendre gouverner de manière neutre au nom de tous, relève du post-politique, où la démocratie se dissout dans la technocratie. La Tunisie de 2011 à 2019 en offre une illustration manifeste.

L'approche schmittienne invite à assumer le caractère conflictuel du politique, à clarifier les lignes de fracture, et à structurer la mobilisation autour d'un adversaire identifié, qu'il s'agisse d'un système, d'une élite, d'un modèle économique ou d'un imaginaire dominant.

Il ne s'agit pas d'un appel à la haine. Il s'agit d'un acte de lucidité stratégique. On ne transforme pas en profondeur une société sans identifier ce qu'il faut dépasser.

De nombreux responsables politiques en Tunisie ont compris intuitivement cette mécanique, en désignant des figures symboliques comme « les corrompus », « le complot », « la menace », sans jamais les définir précisément. La mobilisation est ainsi déclenchée, mais sans clarification doctrinale et donc sans réelle vision à appliquer ! On retrouve le même mécanisme en France. François Hollande déclarait « Mon ennemi, c'est la finance », formule puissante mais restée largement symbolique, faute d'une transformation structurelle à la hauteur de l'annonce. De son côté, le Rassemblement National désigne « l'islamisme » et « l'immigration » comme adversaires centraux, mais sans toujours articuler une stratégie cohérente capable de traiter les causes profondes et les interdépendances réelles de ces phénomènes.

Historiquement, cette approche a été utilisée à des fins diverses : les mouvements de décolonisation ont désigné le colonialisme ; les mouvements ouvriers ont désigné le capitalisme industriel ; les luttes anti-apartheid ont désigné un système racial structuré.

C'est cette clarification du conflit qui permet d'élargir la mobilisation et de forger des alliances cohérentes.

Notre adversaire

Pour INTILAQ 2050, cette clarification constitue un pivot stratégique assumé. Dans un contexte tunisien marqué par la confusion idéologique, la dilution des responsabilités et la paralysie institutionnelle, il est indispensable de nommer l'obstacle principal à toute transformation cohérente.

Notre adversaire n'est ni un individu, ni un parti, ni une organisation particulière. Il s'agit d'un système composite : la déclinaison tunisienne du néolibéralisme dans son expression la plus extrême.

Ce système s'exprime à travers plusieurs mécanismes bien identifiables : une économie de rente protégée par des réseaux d'intérêts, une impunité structurelle, un clientélisme technocratique qui reproduit les mêmes élites, une dépendance stratégique à des intérêts intérieurs et extérieurs, ainsi qu'une promotion implicite de la médiocrité pour garantir la stabilité du système.

À cela s'ajoute une pratique récurrente d'alliances incohérentes, qui neutralisent toute tentative de transformation réelle et empêchent l'émergence d'une alternative structurée.

Désigner cet adversaire ne signifie pas personnaliser le conflit. Cela signifie nommer les logiques qui empêchent la souveraineté, la résilience et la projection stratégique du pays.

Encore une fois, aucun projet collectif ne peut rassembler durablement s'il ne dit pas clairement ce qu'il entend dépasser.

Mais cette désignation suppose une discipline éthique : il ne s'agit pas d'anéantir un ennemi, mais de désarmer un système. Notre combat est intellectuel, institutionnel et civilisationnel. Il vise à réintroduire la cohérence stratégique là où règne la fragmentation et le hasard.

Notre idéologie : une pensée structurée par les valeurs

Face à ce système, notre réponse ne peut pas être purement technique. Elle doit être fondée sur une architecture de valeurs.

Ainsi notre pensée politique s'articule autour de quatre valeurs structurantes : la souveraineté, la résilience, la conquête de nouveaux horizons et l'humanité au cœur des décisions publiques.

Attention ces valeurs ne sont pas des slogans. Elles orientent concrètement les arbitrages.

  • La souveraineté implique la maîtrise des secteurs stratégiques.
  • La résilience suppose la capacité à absorber les chocs et à produire localement.
  • La conquête de nouveaux horizons exige une ambition industrielle et scientifique assumée.
  • L'humanité impose que chaque décision publique soit évaluée à l'aune de sa dignité sociale.

Cette structuration s'inscrit dans une tradition intellectuelle qui n'est pas importée. Elle s'inspire d'Al-Fârâbî, pour qui la cité juste vise le bonheur collectif, et d'Averroès, qui défendait une rationalité politique fondée sur la justice et l'intérêt général.

Ainsi, ces valeurs ne sont pas abstraites : elles se traduisent par un modèle fiscal équitable, une politique de santé fondée sur la dignité, une agriculture régénérative, un système éducatif émancipateur et un État stratège au service de la population plutôt que des marchés.

Ces valeurs sont détaillées de manière concrète et opérationnelle dans notre Manifeste.

Notre moyen : redonner l'espoir

Cependant, aucune architecture stratégique ne peut fonctionner sans mobilisation collective. Or nos sociétés ont été progressivement privées d'horizon. La gestion improvisée du présent a remplacé la projection vers l'avenir, et la peur du lendemain a étouffé l'ambition et l'innovation au sens large.

Nous avons rêvé de l'an 2000 dans notre jeunesse. Nos enfants doivent pouvoir rêver de la Tunisie de 2050.

L'espoir est un outil stratégique. Il permet de libérer les énergies, d'encourager l'innovation et de fédérer la nation autour d'un récit commun.

Sans récit collectif, il n'y a que des revendications individuelles fragmentées et sans cohérence d'ensemble.

Notre démarche : rebâtir, pas réformer

C'est pourquoi notre démarche ne consiste pas à améliorer marginalement l'existant. Nous considérons que le cadre actuel est structurellement insuffisant pour répondre aux défis contemporains. Il ne s'agit donc pas d'ajuster, mais de refonder.

Refonder suppose d'assumer une rupture méthodologique : sortir du cadre hérité, interroger les modèles importés, reconstruire des institutions adaptées à notre réalité. Nous assumons une stratégie de rupture par cohérence analytique.

Nous ne suivons pas les tendances dominantes, nous proposons un cap et nous vous disons « voila ou nous allons ensemble »

C'est cette clarté assumée qui constitue notre différence.

En synthèse

Les articles qui suivent constituent la déclinaison concrète, cohérente et systémique de cette vision politique assumée. Ils traduisent en propositions structurées les principes exposés dans ce texte.

Nos valeurs servent de boussole idéologique et orientent chaque arbitrage. Les seize grands enjeux de civilisation fixent les orientations stratégiques majeures et permettent de dépasser les logiques sectorielles fragmentées.

Nos principes directeurs proposent une reconstruction de l'organisation de l'État, la mise en place d'un nouveau système productif et une méthode d'alignement de l'ensemble de l'action publique autour d'objectifs clairs et partagés.

Le plan de transformation, structuré autour de quatre quadrants, organise l'ensemble de nos propositions dans une architecture lisible, progressive et opérationnelle.

L'ambition demeure unique : reconstruire une Assabya tunisienne moderne, capable de redonner cohésion, sérieux et direction à notre pays.

Notre nation et notre peuple méritent que nous prenions enfin la responsabilité de notre destin.

Share Article:

Nos dernières publications

Les chapitres de nos études

Le Cercle Al-Manbaʿ​

Inscrivez-vous à notre newsletter pour accéder aux publications, conférences et contenus réservés aux membres du Cercle. Si vous pensez qu’un autre avenir est possible, cet espace est le vôtre.

Nos Categories

Edit Template

About INTILAQ 2050

Notre communauté ne se revendique d’aucun clivage. Ni gauche, ni droite, ni traditionaliste, ni moderniste, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, d’ici ou d’ailleurs, nous faisons le trait d’union entre tous les amoureux de nos Régions, de notre Patrimoine, de notre Histoire, de notre Nature, de notre Identité, de notre Peuple en un mot de notre pays la Tunisie.

Recent Post

  • All Post
  • Actualités
  • Articles
  • Conférences et formations
  • Humeurs
  • La fondation
  • La résilience
  • La souveraineté
  • La Tunisie éternelle
  • Le manifeste
  • Le plan de transformation
  • Les essentiels
  • Non classé
  • Nos principes directeurs
  • Nos vidéos
    •   Back
    • Le modèle de gouvernance de l'état

INTILAQ 2050 – tous droits réservés. Created by Full Remote Factory